Table des matières

La machine à souhaits — journal de bord d’un poète-ingénieur

 Printemps 2019

Grande sortie sur la Toile de . . .

~ La machine à souhaits ~

qu’on peut désormais consulter en entier, juste ici

— vous êtes au bon endroit ! —

Présentation de l’œuvre

Ce recueil m’a pris, à un rythme mi-fougueux mi-paresseux, deux bonnes années à rassembler, compléter et peaufiner — mais c’est en fait une œuvre de bien plus longue haleine qui y est évoquée, rassemblée, revisitée et relancée vers l’avenir. D’abord la vision d’une ère proprement communicationnelle, puis mes essais, plans et états d’esprit dans le processus de parvenir . . . à la communiquer — enfin ?

*

La composition du recueil est celle d’un délicat assemblage de pensées plus ou moins philosophiques, de fables (souvent humoristiques), d’inventions, de clins d’œil et de dessins de mon cru, ainsi que de quelques citations choisies qui montrent que je suis loin d’être le seul à marcher sur ces sentiers d’un monde possible où la communication est prise au sérieux et utilisée intelligemment.

Je publie ci-dessous l’ensemble de l’œuvre d’un trait, mais mon objectif à long terme est de la découper en ses parties constituantes et de rendre ces constellations — et les vôtres — navigables via des outils d’organisation des idées que je rendrai disponibles ici même, sur LaTramice.net.

*

Avant de sauter aux petites modalités d’usage et à l’œuvre elle-même, livrée pour vous en format PDF, je vous invite à jeter un œil à la quatrième de couverture qui en révèle un peu la teneur  :


L’ère communicationnelle n’arrivera pleinement que lorsque, à grande échelle, par-delà les fron­tières natio­nales, nous utiliserons la communica­tion de manière in­telligente afin de tisser tout ce qui est social à partir de nos interactions interin­dividuelles, et non plus en nous plaçant systéma­tiquement sous des institutions ou des chefs qui nous dirigent et dictent à notre place ce qu’est « la réalité » et « comment les choses fonc­tionnent ». Cette ère aurait pu en fait commencer bien avant la ve­nue de l’internet, bien avant l’ap­parition du télégraphe (c’était il y a dix minutes, en termes d’ère) et même bien avant l’invention de l’écriture, la parole suffisant en principe am­plement à son processus. Mais il aura fallu, semble-t-il, que nous communiquions comme jamais au­paravant, ce qu’auront facilité la Toile et les médias so­ciaux, pour nous rendre compte, col­lectivement, de notre erreur originelle : celle de nous en être remis à la force brute — ou à son abstraction re­présentative — et de lui avoir abandon­né notre pouvoir propre de création, d’aménage­ment et d’interprétation du réel.

(Extrait de La machine à souhaits)

Usage commercial

La machine à souhaits est présentement soumise à l’examen d’une maison d’édition montréalaise. Si vous représentez une maison d’édition et que l’œuvre vous intéresse, soumettez-moi vos propositions !

fredofromstart@gmail.com

Car je désire qu’elle se vende et en obtenir naturellement quelque dividende. Mais :

Vous avez ma bénédiction pour distribuer intégralement (sans altérations ni rajouts) SI GRATUITEMENT (i.e. sans les vendre) l’une ou l’autre des versions de l’œuvre, visionnables ci-dessous. Prière alors de me contacter afin d’obtenir un format convenant mieux à l’impression. Et aussi pour que j’aie une petite idée de l’engouement que mon œuvre suscite.

Ma bénédiction également pour en citer des passages inaltérés de trente lignes ou moins avec mention de l’auteur (Frédo), du titre de l’œuvre (La machine à souhaits) et, si vous le souhaitez, de sa plateforme officielle :

LaTramice.net

*

Bien sûr, La machine à souhaits vient sans aucune garantie. Vos propres souhaits en seront eux-mêmes le moteur !

Il est en outre à noter que l’ensemble de l’œuvre ici présentée ne reflète pas nécessairement l’opinion de l’équipe permanente de La Tramice.

Enfin, cette dernière, ainsi que moi-même, déclinons respectivement toute et chaque responsabilité, expresse ou implicite, qui pourrait notamment être imputée au caractère subversif du langage utilisé, l’ironie du sort, la juxtaposition des concepts, la fougue des mots ou leurs équivalences inopinées.

~ Bonnes lectures ! ~

Frédo

*

© Frédo, 2019

3903 rue Saint-Denis, Appt. 22
Montréal (Québec)
H2W 2M4

~ L’œuvre ~

*

~ AVERTISSEMENT ~

Certains passages de la version intégrale de La machine à souhaits pourraient être vus par certaines personnes comme impropres à la lecture pour un public de moins de . . . 13 . . . ou peut-être de moins de 18 ans ? Moi je me demande s’il est nécessaire du tout de mettre une limite, mais je ne prends pas de chance et préfère t’en avertir :

Hot stuff in there !

^^ Chaud devant ! Chaude littérature ! ^^

*

Demande à papa ou maman si tu peux
appuyer sur l’hyperlien ci-dessous :

Lire
La machine à souhaits
(version intégrale)


Heureusement, une version abrégée

pour convenir à tes chastes petits yeux
est aussi disponible :

Lire
La machine à souhaits
(version « pour tous »)

*

Et puisse bientôt l’ère communicationnelle advenir !

*

© Frédo, 2019

3903 rue Saint-Denis, Appt. 22
Montréal (Québec)
H2W 2M4

Un secret pour rester en contact

Gravure de Gustave Doré
NOTE : Ce texte a été publié sur Facebook par une personne qui a omis d'en mentionner l'auteur⸱e, que, malgré mes recherches, je n'arrive pas à retrouver. Si vous pouvez remédier à cette lacune, SVP, écrivez-nous à : lÉquipe@LaTramice.net ! — Merci !

Fred Lemire

🌸
une astuce que je trouve géniale 🌸

 

À l’heure où l’on parle en permanence d’enlèvements, Sylvie est une mère qui a eu une idée astucieuse . . .  À méditer pour les parents et grands-parents qui ont en charge des enfants !

Un jour, alors qu’elle sort de l’école, Mélanie ne voit pas sa mère. Elle cherche un peu partout du regard mais personne de sa connaissance n’est présent.

C’est alors qu’un homme bien habillé s’avance vers elle et lui dit :  « Ta maman est en retard, elle a eu un empêchement de dernière minute et ne peut venir te chercher. »  Mélanie regarde l’homme d’un air interrogateur. Elle lui demande : « Le mot de passe ? »

. . .

L’homme rigole et lui dit : « Mais c’est quoi cette histoire de mot de passe ?  Allez, viens ! » Mélanie se sauve alors en courant et rentre à toute vitesse dans l’école en hurlant au secours. Affolé, l’homme, qui ne comprend pas la situation, se sauve à son tour.

La directrice de l’école, venue au secours de Mélanie, lui demande de raconter son histoire : Mélanie dit alors : « Maman m’a donné un mot de passe. Elle m’a dit que si une personne me demande de venir avec elle et ce, même si je la connais, mais qu’elle n’a pas ce mot de passe, il faut que je m’enfuie en courant. Et c’est ce que j’ai fait. »  Sa mère lui a sauvé la vie . . .

. . .

Elle a donc donné un mot de passe à sa fille en lui expliquant que, si elle avait un empêchement, elle donnerait ce mot de passe à la personne qui viendrait la chercher à l’école ou au sport.

Elle lui a également dit de crier au secours et de se diriger vers des personnes de connaissance ou dans un magasin.

🍀 SVP, faites circuler l’astuce ! Merci pour les enfants ! 🍀🚶‍♂️🚶‍♀️

L’EAU RÂLAIT : LES CRIS — essai de phénoménologie robotique

(poème lucide, prosaïque, et absolument pas post-moderne)

Tousse, con ! lilas
en faim, tousse ! queue,
jet crissant doux
te cède, hébête Islam,
air de m’aimant.
Faim coi du fat rat
(Mais qui ? C’est peu !)
tête, rein, fat
rat-fée, (Con !)
Coup acquis : lance
oie, voie, scie, hein !
nés chantent, y ont . . .
Ah ! mon navire, œufs, marre !!
Câble comme des
monstres, à Sion pourpre
où vais, (Con !)
Peu ? tant ! tant de rues ! neuf !
rase-part, faîte-menthe !
Un tel y gît : Blé
en l’ire ! Eu nôtre tôt !
Allemand teint. (Con !)
Pré en cible.

Ronnie de Sousa

À un ami lointain

Cher ami,

une plante piétinée peut, oui, en devenir infertile ; mais la plante n’est pas infertile en soi — il faut juste bien regarder où on met les pieds !

Je suis heureux de voir que quelque chose semble « débloquer », depuis mes « observations », mais . . . il ne faudrait pas simplifier ce blocage, je crois, en mettant tout le blâme sur « la lettre » ou « la distance » seules.

« L’esprit » dans la lettre n’est qu’une image, bien sûr. — C’est dans les lecteurs que cet « esprit » vit — ou alors reste mort ; et c’est dans ceux qui écrivent qu’il se forme et mature, avant que d’être couché sur le papier — dans une boucle de rétroaction qui n’est pas à négliger. ^^

Il demeure cependant que c’est tout un art, que celui de savoir, sur une surface, bien poser ses vers et ses pieds, comme sa prose — en prenant garde non plus de s’enfarger dans les fleurs du tapis, qui sont, elles, essentiellement stériles, c’est bien entendu.

Je souhaite que nous travaillions cet art, mon ami, et comme il se doit, et, oui, même avec des mots, et même entre amis —, à qui l’on se doit tout de même parfois de dire trois ou quatre vérités bien senties, n’est-ce pas ? Qui d’autre saurait le faire avec la qualité, le doigté, le ton, les mots justes ?

Blâmer les mots eux-mêmes, ce serait un peu cheap-shot, non ?, nous qui savons jusqu’à en créer lorsqu’ils nous font défaut.

Bien sûr, cela est . . . plus facile à dire qu’à faire ! ^^ . . .

Même si tu prétends le contraire !

Allons, je te taquine un brin. Mais ne l’écrase pas, ce brin, il est tout fragile encore du dernier passage de tes gros sabots. Laisse-toi chatouiller, cette fois. Enlève-les, ces frustres carapaces ! — et sache rester tendre en tes plantes qui poussent leur chemin . . . vers où ? Vers quoi ? Vers qui ?

Mais vers le ciel bleu, pardi ! Et vers où il te chantera d’aller, de butiner, de jardiner !

Le ciel commence aux orteils : car nous ne sommes pas des oiseaux. Et c’est pourquoi chaque pas compte. Nous pouvons encore nous planter — et rester là, comme lettre morte.

Relevons-nous, alors ! Et infusons l’esprit dans nos pas de danse et d’exploration, de création et de recréation !

Ne soyons pas comme ces oiseaux qui passent avec l’air de ne pas y toucher. Ni comme ces bêcheurs butés qui ne voient rien de la beauté qui les entoure. Ni trop haut, ni trop bas, les jambes qui descendent bien jusqu’au sol — et dans les cheveux une couronne : le feu inspiré qu’y met Le Soleil En Personne.

Bonne route à toi, ami lointain : et que la distance ne t’aveugle pas. Je suis juste là, sous tes doigts, imprimé sur tes rétines et voyageant dans tes circonvolutions tourbillonnantes.

Certaines choses se communiquent à elles-mêmes, dirait-on, en un tout inextricable : l’esprit, la lettre ; l’ami, la tête ; le cœur, le pied, la danse — et la fleur, qui s’en balance !

C’est la grâce que je nous souhaite !

Donne-moi de tes nouvelles, mon cher ! Mon cœur a soif de savoir ce que deviennent mes amis !

Au plaisir de se lire et de s’écrire, donc — en attendant que de se voir dans nos êtres ineffables ! — À bientôt !

Frédo

Fred Mir’s Testimonial For QCI Unltd.

Quantum Conundrum Intergalactic Unlimited

~ Fred Mir’s Testimonial ~

 

When I joined the Intergalactic Quantum Conundrum (telepathically, of course as it is advertised), I became at once better informed about my own discipline, for I wasn’t alone anymore in the distinctly quaint type of magic-doing that the Conundrum’s scattered members favour, which is richly documented, annotated and hirsutely ultralinked in the notoriously hectic Conundrum Anarchive.

I now have scriptures to live by — in a vade mecum kind of way — that are shared by a vast confederation of happy heterodox hermits, now at last duly celebrated and in some manner guided by the first body of literature to efficiently do so since the sketchy and somewhat cynical Dao De Jing.

*

Everyone knows that strength lies in numbers, and that the more the merrier.

Yet, I remained mainly alone in my practice, for the quantum conundrum intergalactic community is overall kind of aloof and antisocial, and I seldom ever accomplished with others the occasional missions that were bestowed upon my special idiosyncrasies by the quasi-central quantum strange dispatcher.

I cherish each and every mission, though, that I could thus fold, unfold and utterly pack with truly entangled partners.

My special skills are : off the hizzle ingenious off-road inventivity ; timeless artsy multi-level self-conscious super-deeds ; unpredictable strikes of dubious marbled genius ; and, last but not least, irritable endless patience. I also know how to perfectly sit on my budding laurels without discomfort and from that commanding place consider my infinite writhing, seething and wrangling options, while keeping working hard and without a pause at the more vertuluscious of them, even during my many physicospiritual games.

My main flaw : I am almost constantly elsewhere, so I have some trouble evaluating distances.

Experience-wise, I have programmed and meta-programmed many a thingy, from a sewer-exploration robot to a downright wish machine that actually works¹. I also am the founder of La Tramice, the unknown journal about communication².

I am currently fostering those two foot-noted thingies, and long-windedly try to form teams for working on them with me ; I am also hatching, among many another a-thingy, a comic book, a board game and a novel with which to shovel my kind of coal into the furnace of humanity’s foolish train — in order to make it eventually enter dimensions other than those that tracks and even wheels can bring anyone to. You know what I mean.

I love all dash-board apparatuses, though, be they simple or hairy.

Ask me anything. Literally anything. — I’m an author.

I will also do errands for you, just to see you smile at my strict don’t-give-a-shit-don’t-take-a-shit grave or joyous cunning autonomous fanciful arch articulated selfless glittering person.

You are welcome. I don’t know where, but I am sure you are welcome somewhere, and even awaited.

Be scrumptious !

Fred Mir

 

References :

  1. https://sites.google.com/view/praxeco/projects/wish-machine
  2. https://latramice.net

Office Notes on [Fred Mir]

 Real Name      : [Frédéric Lemire]
 Date of Birth  : [September 12, 1969]
 Date of Death  : [~ Still Computing ~]
 Class          : [Nerd/Hippy/Poet]
 Level          : [Early Adopter] — ❁ Premium Privileges ❁
 Secret Alias   : [Fredavatar]

L’approche communicationnelle (ou : au-delà du picossage)

crédit : tigerstrawberry

*

Il ne sert à rien — c’est en fait totalement contre-productif —, de lancer des anathèmes, de bien opposer la gauche et la droite, de s’injurier ad nauseam : de gauchistes et de droitistes, de racistes et de racialistes, d’inclusifs et d’identitaires, etc, etc, etc. Il y a pourtant un truc, je pense, qui pourrait tous nous mettre d’accord.

La personne.

Qui n’en est pas une ?

*

Ne pensez-vous pas que, en plus de l’environnement — qui est crissement important, on s’entend —, nous devrions nous concentrer sur le bien-être de chaque personne ?, que cela devrait être notre base et notre focus et ce que nous devrions tous chérir avec tendresse et reconnaissance ?

Mais justement : nous avons tous nos idées sur comment prendre soin des personnes, et c’est là, bien souvent, que nous divergeons.

Mais pas tant que ça, au fond, quand on y regarde de plus près. Nous avons pas mal tous les mêmes besoins et pleurons pas mal tous aux mêmes endroits dans les films qui mettent ces besoins fondamentaux en lumière.

Seulement, aujourd’hui, nous perdons trop notre temps à vouloir nous diriger les uns les autres, plutôt qu’à chacun chacune se diriger soi-même et à s’entraider et à rendre la vie plus belle et harmonieuse sur Terre et dans l’univers. Seulement, aujourd’hui, c’est la division qui règne. Il y aura une « majorité » qui dirigera, et — et puis c’est tout, mis à part tous ceux qui pousseront des hauts cris, le plus souvent en vain. Seulement, aujourd’hui, les divergences sont agrandies, exactement comme dans l’album d’Astérix La Zizanie.

D’ailleurs, comme je le dis dans mon livrLa machine à souhaits (permettez-moi cette petite auto-promotion) :

Ce ne sont pas nos différences réelles
qui nous divisent,
mais les généralisations arbitraires
qui n’en tiennent pas
suffisamment compte.

Et si nous le leur demandions, aux personnes, ce qu’elles veulent ? Et si nous bâtissions la société à partir des personnes ?

Sans oublier l’environnement, bien évidemment.

Et si nous nous dotions d’outils simples ou sophistiqués pour tenir à jour, dans des tableaux de bord personnels, nos rêves et nos aspirations ? (Non, cela n’est pas abusivement individualiste ou égoïste, car bien souvent, c’est à comment nous pourrions nous rendre utiles que nous rêvons !) Nos tableaux de bords nous rendraient en outre des comptes sur l’environnement qui nous entoure (incluant ses habitants), sur ses besoins, et sur ce qu’il a à offrir.

Ainsi, nous pourrions mettre nos énergies à des choses vraiment utiles, c’est-à-dire viablement utiles, et être, tout dispersés et divers que nous sommes, dans un vrai focus de groupe, un focus fractal, permaculturel, holistique, name it — et non pas dans un établissement de combats de coqs avec paris, hauts cris, picossage infini, et ambiance pourrie pour l’harmonie.

*

Une des choses qui est un obstacle majeur à ce rêve — qui est déjà partagé par beaucoup, j’en suis certain, et depuis longtemps —, c’est la peur.

La peur est LE moyen de contrôle ultime. On érige des épouvantails pour éperonner les gens dans des directions prédéterminées ; au besoin, on s’érige soi-même en épouvantail en faisant une scène terrible, en ayant recours à une forme ou une autre de violence.

Dans un free for all complet, c’est sûr, il y aurait plein d’abus épouvantables. Du prosélytisme déplacé, des manipulations, des abus sexuels, des vols, etc.

Je ne dis pas que tous ces travers en seraient éradiqués, mais . . . si, plutôt que de tenter de nous contrôler les uns les autres, nous nous assurions avant tout que chaque personne soit bien et puisse s’épanouir sans nuire à l’environnement, bien au contraire ? Si c’est à cela que nous consacrions nos énergies, plutôt qu’à nous picosser jusqu’à temps qu’on soit, pour un temps, les vainqueurs ? Mais la vie, notre planète, n’a pas à ressembler à un établissement de combats de coqs. Elle peut être bien plus agréable et profitable, c’est bien évident.

*

Bon, me direz-vous, les vainqueurs du moment sont là et nous pourrissent la vie ; c’est bien beau ton rêve, mais, comme dit le vice-président Cheney dans le film Vice (à voir, absolument !), « Le monde est tel qu’il est. Vous devez vivre avec cette réalité : il y a des monstres en ce monde. (. . .) Je ne vais pas m’excuser d’avoir protégé vos familles et je ne vais pas m’excuser d’avoir fait ce qui devait être fait pour que vos proches puissent dormir en paix la nuit. » Tout ça basé sur un tissu de mensonges et de perceptions tordues.

Mais, sur un point en effet, il a raison : le monde est tel qu’il est.

Mais si on faisait . . . autrement, sur une base individuelle, et à grande échelle ? Si, plutôt que d’entrer dans le combat de coqs mondial grâce à nos merveilleux moyens de communication modernes, nous les utilisions pour pratiquement, concrètement, tangiblement, nous aider les uns les autres (entre autres en communiquant nos besoins et nos souhaits, et ceux de nos projets) et pour prendre soin, le mieux qu’on peut, du magnifique jardin et terrain de jeu qu’est la biosphère terrestre ?

*

C’est entre autres à ça, à l’élaboration de ces outils de communication, que je compte m’appliquer, ici même, sur LaTramice.net, site consacré à la communication que j’ai fondé en 2015. Je vous en prie, envoyez-nous des articles, des dessins, des poèmes, des vidéos, tout ce qui peut se publier sur la Toile — nous avons drôlement besoin de prendre la communication plus au sérieux, elle est un outil tellement merveilleux lorsqu’on l’utilise positivement, avec le bon focus !

Envoyez ça à : lÉquipe@LaTramice.net

Ligne éditoriale : ici.

*

Peut-être que nommer une idée, aussi évidente soit-elle, permettra de mieux se la communiquer, de mieux la propager et de mieux s’y rallier ?

Dans mon livre, je joue un peu les prophètes, et parle de l’ère communicationnelle. De façon plus pragmatique, je propose aujourd’hui :

l’approche communicationnelle

Avez-vous une meilleure idée ?

Frédo

Nos multiples chemins

— Quelle est cette tristesse qui plane lourdement sur l’arène ?

— C’est celle de l’arène elle-même.

Murs, loges, cantines et guichets ; files, attente et futilités. Variétés. Du pain et des jeux.

Et du sang, des morts, des déchets et de la crasse. Injustices, désespoirs . . .

Ôtons maintenant les murs, les vendeurs de mort et leurs clients, repoussons-les à l’infini.

Restent le calme et le désert.

On imagine le désert vide, mais le désert a aussi son grand calme. Aimer le désert.

Le grand calme du désert, comme celui de la nuit, nous sont au fond et prioritairement nécessaires. Que veut le désert ? Être habité. Ainsi le veut aussi la nuit.

Le désert, en tant que privé de tout, veut tout. Mais vouloir est de trop. Vouloir vide le vide lui-même de son sens.

Savoir est mieux.

Le vide comme espace intérieur est le sens même du vide.

Au milieu d’un désert fort violent s’érigeait jadis une tour, une tour immense et conique, effilée comme une épine. Les grains de sable, innombrables, déterminés, s’en disputaient furieusement le sommet. L’extérieur, au fil des siècles, a ainsi été poli, usé et finement troué de dentelle par ce combat abrasif.

En l’intérieur, obscur, œuf échographique scintillant d’activité, sur plusieurs paliers pourtant éclairés et reliés entre eux par un réseau d’escaliers, la vie sans compétition, celle qui nous traverse et que nous ne retenons pas, celle qui circule, pétille, monte et descend, perpétuellement.

Ô, calme profond du vide, de l’intérieur même des choses, ô symphonie de la fluidité, traverse tout — et règne !

Règne comme règnent l’écoute et la parole dans le dialogue. Règne comme — et avec — ce qui est.

Avec.

Puis, permets des sauts dans ce qui est encore inconnu.

Splash ! (Terra Incognita cherche reconnaissance.)

Alors la vie renaîtra et foisonnera comme jamais encore auparavant.

En toi, désert, je marche, plante ma tente et suis à l’écoute, me prépare et suis attentif. En toi je fais et goûte le thé, l’amour et le jardin improbables. En toi, qui n’a pas de murs, je suis libre. En toi seul pouvons-nous nous rencontrer véritablement.

Cesser le combat.

Être.

Régner.

Et rêver ensemble.

Bonne nuit devient bon matin.

Midi n’est pas un sommet. Le soir n’est pas la fin. Ce ne sont que des moments, des configurations du présent.

Le sommet de l’escalier spiralé de nos paroles est le sommet de tous, si tous les ont suivies.

Personne n’est insulté s’il n’y a pas de sultan. Tous et toutes, en cercle, voyagent ensemble, immobiles.

Les caravanes rayonnent et bifurquent mais reviennent aux oasis. Elles explorent mais reviennent à la maison écrire et partager leurs mémoires, écouter d’autres récits.

Elles isolent un temps les perles dans leur files, mais toutes sont reliées cependant, dans le nacre moiré de leurs cœurs, de leurs mains, de leurs pieds, de leurs heures.

Dans la nuit, apparaissent une infinité d’étoiles : c’est nous. Dans le désert, nous apparaissent notre présence, notre silence et notre écoute. Dans nos voix, nos multiples chemins.

Impasse

« Changer la vie », disaient-ils . . .
mais il n’y en a pas d’autre.

L’impasse comme univers !
Même les rêves s’emmurent.
J’y déchiffre ma signature.

La cour n’a pas agréé mon instance en autodivorce.
Mes excursions nocturnes frappent un mur au réveil.

Sur les parois, les graffitis me rappellent une craie égarée.
Des papiers chiffonnés émergent des poubelles,
Variations sur le thème « j’aurais voulu » ;
Ils y côtoient des cartes routières périmées.

En sortir . . . mais pour aller où ?
Savais-je même où j’entrais ?

Le charme étrange d’une muraille familière
Détend mes chevilles paresseuses
Et l’envie de partir s’étiole sans douleur.

Un consentir fébrifuge
Anesthésie ma bougeotte sans itinéraire.

Il était une fois une cigale et une fourmi

Voilà une bonne prémisse : le fascisme n’est pas le mal . . . Le fascisme n’est pas non plus avant tout un système politique, mais une attitude face à la vie . . . Une attitude très normale : la vie est face à elle-même, son entropie.

L’entropie est cette tendance de toute chose à aller vers sa propre désorganisation, sa défuntisation, ça fane, ça vieillit, ça s’écale, la vaisselle s’accumule, y’a du café dans le clavier, y’a de la sauce à poutine dans l’aquarium, ça croûte au fond du chaudron . . . Bref, après la croissance de toute forme de vie, vient sa décroissance. Mais la vie veut que le dépérissement de l’une (une colocation par exemple) entraîne l’éclosion de l’autre (la moisissure dans la douche, la prolifération bactérienne) pour de nouvelles formes de vie.

Il est normal de vouloir contrer l’entropie. Le problème, c’est l’excès, bien sûr. Le Bouddha parle de la Voie du Milieu, mais c’est bien imprécis tout ça . . . Quel milieu ? Quelle périphérie ? Quelle est la gauche de la vie ? La métaphore de la Voie, droite et linéaire, renvoie elle-même à une vision un peu fasciste . . . Elle louvoie, la voie du milieu . . . La définir est impossible, mais pour les besoins du vivre-ensemble, on n’a pas le choix de tenter de danser avec . . .

La meilleure voie pour contrer l’entropie, c’est l’organisation. La défense contre le voisin qui déborde. Travail Famille Patrie ! La loi. La gestion. Le vouloir-raide . . . La droiture — parce que si ça penche, ça tombe !

Ouf ! On a déjà envie de se laisser tomber dans un grand fauteuil d’entropie . . . L’organisation mène l’humanité à ses plus belles réalisations, mais beaucoup d’individus sont sacrifiés à cette quête ultime. Les civilisations laissent à la postérité de grandes architectures, mais un bon moment, ou un geste délicat, ne laissent pas de traces . . .

Bah . . . Laisse tomber, les idéaux puis tout ça . . . Alors voilà le confortable fauteuil d’entropie . . .

L’entropie va dans le sens de la vie, la permettre, c’est se permettre d’exister avec tous ses déchets.

Le déchet est chaleureux. La perfection est froide.

Permettre aux choses de suivre le cours naturel de la vie, choisir ses combats, slaquer un peu ses hémorroïdes . . .

On peut se poser la question : qu’est-ce que nous coûte un petit effort pour s’organiser un peu ; on peut aussi se poser comme question ce que tout contrôler peut nous coûter en sacrifice de ces beautés inattendues, magiques, la surprise, le batifolement . . .

Trop d’organisation finit par tuer la vie, les colocs s’en vont l’injure à la bouche : « Sale fasciste ! » Et les fascistes en question restent en se disant : « Bon débarras, dehors les parasites ! »

Dehors les suceurs d’énergie ! Trop d’entropie finit par saper tout projet. À la fin, quand on a bien foiré, que tout tombe, les rats s’en vont aller gruger ailleurs.

Les fascistes restent tout seuls, c’est plate comme une soupe de rats morts, les artistes et les cœurs tendres sont partis là où il y a de la chaleur humaine, là où les rapports sympathiques priment avant l’édification des idéaux.

Colocation Montréal boujour ! Les cigales cherchent des fourmis qui ont construit un nid pour l’hiver. Les fourmis sont contentes de voir ces belles personnes venir mettre de la vie dans leur nid. Qu’est-ce que la voie du milieu ? On le sait pas plus que tantôt. Combien de temps tiendra cette nouvelle colocation ? On espère que cigales et fourmis trouveront le mode de vie qui soit une réponse à cette question : qu’est-ce que la voie du milieu ?

Jusque là, ça va bien, y’a du respect et de l’amour : y’a de la proximité consentie. Mais au niveau de la société, dans un tas de monde qui ont chacun leur part d’entropie et de fascisme (en plus de leur petite folie ordinaire, c’est un autre sujet !), c’est un autre problème . . .

Ça prendrait un projet de société. Mais qui organise la société ? Les beaux cœurs ? Les artistes sensibles ? — Ou bien les champions de l’organisation ?

Ça fait que ce sont toujours les « Lois du Bon Père de Famille » et l’étouffant conservatisme qui ont le dernier mot. Les artistes n’ont qu’à se professionnaliser pour rentrer dans le moule qu’on appelle La Culture (ça aussi, c’est un autre sujet . . .)

Bon. Même en se retenant d’aller guerroyer contre les moulins, le Don Quichotte de la pensée sociale est déjà allé trop loin . . . La société, qu’est-ce je peux y faire ? Je ne peux que me poser cette question : à chaque instant, dans mes rapports avec autrui, à quel moment suis-je fasciste et à quels moments suis-je un parasite de décomposition ?

Le mieux, c’est sûrement de faire un cercle avec les gens de cœur qui nous entourent et leur demander, considérant tous les enjeux de notre projet commun : quelle est, pour nous, la voie du milieu ?

Le premier loup-garou

Le premier loup-garou
Anne Kervarec, Nuit étoilée

Chapitre 1

C’était inévitable.

Un jour, assoiffé de sang, à se nourrir de chair et à loger la peur dans tout ce qui vivait et rencontrait un tel monstre. Chasser, anticiper, se nourrir, une satisfaction de courte durée, puis la faim à nouveau, rarement une faim reliée à la survie. Sa faim consumait sa vie, ses pensées ratatinaient son cœur et son âme. Il ne jouait pas — avait-il jamais joué  ? — mais sa meute pardonnait à leur précieux pourvoyeur de nourriture sa conduite brutale.

Il était le meilleur chasseur qu’on ait jamais rencontré sous les arbres. Il était plus acharné que tout autre loup sauvage. Dans les vieux bois noueux qu’il traquait nuitamment, aucune autre créature, même de loin, ne lui ressemblait ; pas même ses frères ne comprenaient les pulsions destructrices de leur funestement célèbre congénère, pourtant vécues de manière si pure par lui. Il était différent, totalement différent, depuis le néant d’où il était issu jusqu’au néant où il retournerait. Roux flamboyant à la naissance, pure lumière d’amour et d’énergie insatiable, laquelle présidait à son esprit. Le louveteau était monstrueusement beau : ses pattes de devant arboraient des doigts flexibles plus longs, plus espacés ; celles de derrière étaient plus développées, telles celles d’un lapin ; une fourrure épaisse mais courte, en boucles serrées sur tout le corps ; un museau plus court que celui d’aucun autre loup ; et des yeux si noirs et étroits qu’ils plongeaient comme des échardes de glace partout où leur regard se posait. Le petit était un cadeau du ciel et un monstre. Même l’être surnaturel en question avait rapidement saisi sa différence ; et tous savaient que sa vie sur Terre allait y laisser une vilaine trace.

Une nuit, au moment du festin de victoire d’une chasse sanglante, le loup-garou fut déserté par ses frères. Le festin était un ours, un ours colossal et furieux : l’image même de la mort. Mais ce jour-là, l’imposante carrure du terrible ursidé se mêla aux éclats de glace du regard d’une seconde bête magnifique. Il y eut des bruits venant de tous les côtés : des loups se glissant parmi les buissons entourant le goliath. L’ours redoutable ressentit un tressaillement inaccoutumé de panique. Sa tête menaçante gronda dans l’air, montrant des dents irrégulières qui avaient visiblement beaucoup servi et, en un impressionnant élan d’instinct et de démonstration de toute-puissance sur son domaine, il se dressa sur ses pattes arrières, onze pieds au-dessus des fougères, et poussa un grondement énorme, à faire fuir les oiseaux. Le monde s’arrêta. Tout se figea sous la montagne de chair et de fourrure du titan qui venait de faire trembler jusqu’au cœur des arbres. Tout s’arrêta. Un moment d’immobilité après le grand ébranlement. Tout sang, toute sève, figés dans l’onde de choc du rugissement. Un seul être ne resta pas immobile, celui qui connaissait cette glace dans son essence et nourrissait cet appétit nostalgique autant que le faisait cette plus-que-bête en face de lui. La douleur frappa la nuque du mastodonte. Le géant avait vu un éclair de mouvement dans le moment figé, puis perdit de vue son prédateur terrifiant. Sans cette douleur à l’arrière du cou, l’ours géant n’aurait pu dire exactement où la beauté fatale se cachait. Avec un râlement torturé, l’ours se jeta à la renverse sur le sol. La féroce créature eut deux secondes pour éviter la mort par écrasement, mais ce n’est pas à cela qu’elle pensait. Le goût persistant et familier du sang et de la vie d’autrui à la bouche, la créature lupine fit tournoyer son corps par-dessus l’épaule de sa proie en s’agrippant à son poitrail grâce à ses doigts articulés pour se soustraire à l’énorme masse qui tombait. Une chute fracassante, un dernier râle à vous couper le souffle, interrompu dans le gargouillement de son propre jus, le son délicat de crocs glissant dans la chair, puis l’horrible déchirement dont l’issue était la paix éternelle ou la chute en spirale. Tout autour ;         le silence         la peur             l’immobilité.           L’ours lui-même n’avait pas eu le temps de prendre deux respirations avant que sa gorge fut arrachée. Total silence tandis que le tueur abreuvé de sang savourait le premier délectable morceau d’un repas bien gagné, puis plongeait sans même mâcher, et plongeait encore dans la gorge de sa victime, poussant sa force meurtrière plus profond et plus profondément encore, le plaisir de dominer totalement déchaîné, une extase dévorante emplissant l’abdomen du carnassier. Aucune pensée, que la satisfaction et la débauche. Le loup-garou ne mangeait pas. Il goûtait et ressentait. Ses frères avaient commencé à quitter la scène dès après la troisième plongée frénétique de leur champion de chasse, en partie parce qu’il avait à lui seul et de son propre chef défait la plus formidable bête qu’ils eurent jamais rencontrée, et largement parce qu’ils ne pouvaient souffrir d’avoir à craindre à ce point un frère, qui plus est un frère qu’ils côtoyaient nuit et jour, peu importe combien similaire il leur était, ou différent, ou plus efficace qu’aucun d’eux. Surtout par peur, ils abandonnèrent leur congénère.

 

Chapitre 2

 

Le loup solitaire repose, sans faim, à côté de la bête dix fois plus volumineuse que lui. Il l’avait abattue la veille. Il n’avait jamais éprouvé cela auparavant. Être abandonné, seul … vide. Son court museau appuyé sur ses pattes semblables à des mains, attendant que ses pairs reviennent, et sachant fort bien qu’ils étaient partis sans signe de retour. Et ainsi il attendit. Il pensa. Il n’avait jamais eu le temps de penser, son esprit sans cesse occupé de la prochaine chasse. Contrairement à vous et moi, la créature lupine ne connaissait pas de mots, ainsi, quand elle pensait, c’était avec des images et des sensations, comme la sensation de curiosité à la vue d’un oiseau ou pour ce sentiment d’abandonnement. Une autre nuit passa. Il ne se leva pas, ne mangea pas et ne pleura pas. Seulement, de temps en temps, il réajustait le poids de son corps allongé, éveillant parfois un froufrou d’ailes parmi les oiseaux noirs qui dépeçaient la monumentale carcasse de l’ours récemment mis à mort. Le prédateur affalé était si immobile qu’il pouvait entendre les asticots qui se tortillaient à l’intérieur de l’ours et desquels des oiseaux plus petits venaient se nourrir. L’étrange loup n’avait pas repris une seule bouchée depuis qu’il avait réalisé que ses frères ne se ramèneraient pas pour partager le festin, ni non plus avait-il le désir d’avaler ou de cracher ce qui lui en restait dans la gueule. À présent seulement sut-il qu’il avait connu la joie, car, maintenant qu’elle était partie, il ressentit de la tristesse pour la première fois. Ainsi il attendit, écoutant et observant la forêt selon des motifs inaccoutumés, sans pensées, immotivé. Il n’avait pas envie de chasser. La prédation n’occupant plus son esprit, il ne savait plus quoi en faire : alors il observait, cherchant de l’autre côté de ses yeux quelque intérêt à la vie. Tandis que le temps s’écoulait, infiniment lentement, infiniment long, il s’interrogeait sur ce qu’il voyait, sur les images que ses yeux sensibles à la lumière lui apportaient et sur les notions qu’évoquait ce qu’il ressentait.

Pourquoi les oiseaux viennent-ils et mangent-ils ce qui reste ? Ils doivent y trouver un plaisir autre que celui de tuer ! … Mais lequel  ? …

Combien de créatures y a-t-il  ? … Pourquoi les petites se cachent-elles sous la terre  ? Comment savent-elles  ? … Cela doit être aussi naturel pour elles que pour moi de chasser et tuer !? …

Comment des créatures peuvent-elles voler  ? … Je …

Je … voudrais moi aussi voler !

Le loup-garou comprit que chaque animal était différent et uniquement lui-même, et que lui-même était … LUI-MÊME !

Rien n’est comme moi ! … Une autre créature peut-elle être comme moi ?

JE ! MOI !

Lui, eux !

Tant de différence… nous sommes tous quelque chose de différent ! … Nous faisons tous des choses différentes ! … Les oiseaux. Les oiseaux volent ! Je veux voler ! … Je veux faire comme eux !

Le loup-garou se leva, trébuchant sur ses membres engourdis ; les oiseaux dressèrent et tournèrent leurs têtes avec curiosité, mais ne s’envolèrent pas, se contentant d’observer la grosse bête. Celle-ci se sentit parmi les siens à nouveau et prit une grosse bouchée au trophée de chasse, comme elle l’aurait fait au sein de sa famille — et ainsi firent aussi les oiseaux, avec un peu d’hésitation. Cela avait un drôle de goût, différent de celui de la chair fraîchement tuée. Les oiseaux enfin paniquèrent et s’envolèrent dans le ciel. La créature terrestre voulait tellement s’envoler avec eux, sa meute ; mais elle ne le pouvait pas.

Que vont faire les oiseaux, maintenant  ? … J’aimerais les suivre ! … Je ne suis pas comme eux, mais je n’étais pas comme mes premiers frères non plus… Et pourtant, nous avons mangé ensemble et nous nous sommes sentis frères ! …

Il s’éloigna en titubant, tout en mâchonnant lentement la viande bizarre. Un par un, les oiseaux revinrent se percher sur la montagne de chair d’ours en décomposition. Il observa et réfléchit. Le monde ne lui avait jamais semblé aussi grand et divers que durant ces derniers jours de contemplation ; pourtant, il n’avait pas quitté ce lieu où il avait été laissé seul. Seul. Il se laissa retomber sur le sol. Il n’avait jamais connu l’isolement auparavant, alors il sentit et vécut ce sentiment en se demandant pourquoi une telle impression existait. Il réalisa qu’il avait besoin de compagnons, tourna la tête vers les oiseaux. Des amis, une famille pour se réjouir, pour partager et pour apprendre.

… Oui ! Je veux vivre avec toutes ces créatures ! … Voir ce qu’elles font … et le faire avec elles ! …

Pas seulement les créatures qui volent, mais toutes ! … Peut-être volerai-je un jour … Peut-être mangerai-je autre chose que d’autres créatures …

À ce moment, il découvrit une nouvelle sorte de joie, une qui persistait, différente de l’extase plus forte que tuer lui procurait, une qui durait aussi longtemps qu’il la vivait ! Il y avait tellement à faire ! ; une différente manière de vivre ; une moins intense ; une vie de recherche constante. La conscience dans le loup-garou se demanda s’il pouvait se questionner ainsi pour le reste de sa vie.

Commencer par trouver des compagnons, voilà qui était vital à cette joie…

Il se sentit lié aux oiseaux à nouveau, puis se retourna et vit un lapin qui lui retournait son regard. Il sentit de l’amour. Puis la faim dans son ventre grogna, puis sa gorge. Le lapin s’enfuit dans son tunnel.

… Retournerai-je à la joie de tuer  ? … Je voulais être avec cette créature … Je le veux ! … Plus que d’être seul … Comme j’étais avec mes compagnons de chasse … Je ne pensais qu’à tuer en leur compagnie … Ils ne m’aimaient pas … Ils me tenaient … Ils … avaient peur de moi, comme le lapin …

Je ne veux pas qu’on ait peur de moi … Je veux être … aimé ! Et vivre l’amour ! Comme avec le lapin dans ce bref moment … Je veux vivre la vie ! Vivre comme toutes les créatures ! … Voler … Me cacher dans un tunnel … Ou manger de la vieille viande !

Il ne savait plus où il se trouvait, et son esprit non plus, au milieu de ses compulsions antagonistes. Personne n’appréciait vraiment sa présence ; rien à voir avec le danger qu’elle représentait ; c’était plutôt ce que dégageaient ses yeux, fixes à force d’être assoiffés de vie — ce que personne ne comprenait, même dans les moments d’amoureuse admiration réciproque.

 

(traduit de l’anglais par Fred Lemire)