Nos multiples chemins

— Quelle est cette tristesse qui plane lourdement sur l’arène ?

— C’est celle de l’arène elle-même.

Murs, loges, cantines et guichets ; files, attente et futilités. Variétés. Du pain et des jeux.

Et du sang, des morts, des déchets et de la crasse. Injustices, désespoirs . . .

Ôtons maintenant les murs, les vendeurs de mort et leurs clients, repoussons-les à l’infini.

Restent le calme et le désert.

On imagine le désert vide, mais le désert a aussi son grand calme. Aimer le désert.

Le grand calme du désert, comme celui de la nuit, nous sont au fond et prioritairement nécessaires. Que veut le désert ? Être habité. Ainsi le veut aussi la nuit.

Le désert, en tant que privé de tout, veut tout. Mais vouloir est de trop. Vouloir vide le vide lui-même de son sens.

Savoir est mieux.

Le vide comme espace intérieur est le sens même du vide.

Au milieu d’un désert fort violent s’érigeait jadis une tour, une tour immense et conique, effilée comme une épine. Les grains de sable, innombrables, déterminés, s’en disputaient furieusement le sommet. L’extérieur, au fil des siècles, a ainsi été poli, usé et finement troué de dentelle par ce combat abrasif.

En l’intérieur, obscur, œuf échographique scintillant d’activité, sur plusieurs paliers pourtant éclairés et reliés entre eux par un réseau d’escaliers, la vie sans compétition, celle qui nous traverse et que nous ne retenons pas, celle qui circule, pétille, monte et descend, perpétuellement.

Ô, calme profond du vide, de l’intérieur même des choses, ô symphonie de la fluidité, traverse tout — et règne !

Règne comme règnent l’écoute et la parole dans le dialogue. Règne comme — et avec — ce qui est.

Avec.

Puis, permets des sauts dans ce qui est encore inconnu.

Splash ! (Terra Incognita cherche reconnaissance.)

Alors la vie renaîtra et foisonnera comme jamais encore auparavant.

En toi, désert, je marche, plante ma tente et suis à l’écoute, me prépare et suis attentif. En toi je fais et goûte le thé, l’amour et le jardin improbables. En toi, qui n’a pas de murs, je suis libre. En toi seul pouvons-nous nous rencontrer véritablement.

Cesser le combat.

Être.

Régner.

Et rêver ensemble.

Bonne nuit devient bon matin.

Midi n’est pas un sommet. Le soir n’est pas la fin. Ce ne sont que des moments, des configurations du présent.

Le sommet de l’escalier spiralé de nos paroles est le sommet de tous, si tous les ont suivies.

Personne n’est insulté s’il n’y a pas de sultan. Tous et toutes, en cercle, voyagent ensemble, immobiles.

Les caravanes rayonnent et bifurquent mais reviennent aux oasis. Elles explorent mais reviennent à la maison écrire et partager leurs mémoires, écouter d’autres récits.

Elles isolent un temps les perles dans leur files, mais toutes sont reliées cependant, dans le nacre moiré de leurs cœurs, de leurs mains, de leurs pieds, de leurs heures.

Dans la nuit, apparaissent une infinité d’étoiles : c’est nous. Dans le désert, nous apparaissent notre présence, notre silence et notre écoute. Dans nos voix, nos multiples chemins.

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