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J’ai entendu un jour la phrase suivante : « Je ne vois aucun problème moral à consommer des animaux. » Et cela m’a lancé dans une réflexion sur ce qui est moral.
Ou bien l’adjectif « moral » a un sens ou bien il n’en a pas. En fait, en aura-t-il un seul ? Non, bien sûr : il en a une constellation — sinon ça serait bien trop rasant. Il s’agit d’une catégorie. Les questions morales.
Toutefois, si le mot est adaptable au point de banaliser la trucidation tranquille et non nécessaire d’êtres sensibles qui ne nous ont fait aucun mal, là je ne suis plus.
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Pourquoi, dès le départ, ne pas oublier LE bien et LE mal, notions étroites et mortelles comme des rayons laser qui détruisent tout ce qui n’est pas LEUR vérité absolue ?
Tout d’abord, LE bien et LE mal, ça n’existe pas.
Si j’enlève mes lunettes qui me font voir les choses à travers les mots (parfois eux-mêmes flous ou mal définis, ou définis diversement par diverses personnes, la pression des pairs, diverses doctrines, voire des dogmes imposants), l’image globale m’apparaît plus clairement.
D’abord, que les humains sont clairement des animaux. Ensuite, qu’il y a des choses qui, dans le règne animal, font du bien, il y en a plein ; et qu’il y a des choses qui font du mal (physique, psychologique, name it), il y en a plein aussi. Et qu’il y a aussi des choses neutres. Mais que ce qui fait du bien est potentiellement si bon que nous le préférons généralement aux choses neutres.
Oh, allez-vous dire, comment savoir si une chose qui nous fait supposément du bien nous fait réellement le~meilleur~bien ? Eh bien, justement, nous ne le savons pas. Nous cherchons. Et nous trouvons différentes réponses. Ou pas. Certains prétendent avoir trouvé mieux que d’autres.
Je n’ai rien contre le partage d’expériences et la compétition entre les idées, fussent-elles des croyances (mais alors présentées comme telles). Très sains, les partages, les expérimentations et les débats d’idées, selon moi.
Mais ne pourrions-nous pas toutefois tracer une limite à ce que le mot « moral » peut signifier ?
Voici une proposition (encore en chantier) de nouvelle définition :
moral⸱e : adjectif ; relatif à la recherche non pas de ce qui est bien (trop rasant), mais de ce qui fait du bien (et cela, bien sûr, sans faire de mal aux truies . . . euh : à autrui).
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Entre vous et moi, on le sait foutrement, ce qui fait du bien, hi !, hou !, ha !, encore !, et fichtrement aussi ce qui fait du mal, ayoye !, bobo !, ouch ! — ; non ?
Et nous n’avons pas de ce savoir la prérogative, c’est bien évident. (Comparez seulement le ronron du chat content à sa réaction quand vous lui marchez sur la queue.)
Alors moi je propose ça comme limite et définition.
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Se faire du bien, ce n’est pas un problème, tous les individus de pas mal toutes les espèces — sauf, curieusement, beaucoup d’humains — cherchent à se faire du bien à eux-mêmes. Ne pas faire de mal aux autres est plus problématique et cela aussi chez pas mal toutes les espèces. Mais, curieusement, ce sont des humains qui ont inventé ça. Ils inventent plein de choses, les humains. C’est sans doute leur plus grande caractéristique ; même ceux qui passent leur vie dans un hamac les mains derrière la tête inventent plein de trucs.
Et des fois, ils tombent sur des idées qui leur semblent bonnes. Alors, ils alertent les autres, tentent de les leur enseigner . . .
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Je suis convaincu que la philosophie du calin est une chose que bien des espèces comprennent ou peuvent comprendre.
Avez-vous fait un calin à un veau ou un chevreau, récemment ? Certains font des calins à des lions, à des requins, même.
Le langage vécu du calin vaut mieux que n’importe quelle définition, mais, voyez-vous, je suis écrivain, et il est de ce fait un peu de ma responsabilité que les mots eux aussi aient un sens. Alors, lorsque j’ai entendu la phrase « je ne vois aucun problème moral à consommer des animaux », je me suis résolu à intervenir intellectuellement, sur le plan des mots. Mais je suis certain qu’un bon calin bien senti avec un daim ou jouer innocemment quinze minutes avec une douzaine de poussins ou de petits lapins rendrait absolument obsolète toute forme d’argumentation.
La banalisation nous a endurcis, peut-être . . . Et l’usage de certains mots y a sans doute contribué, été complice . . .
Alors, oui, dans ces cas-là, il faut les rénover un peu. Certains mots.
Notre capacité illimitée d’invention a besoin de garde-fous, de guides. Il n’est que normal que certains mots désignent ces garde-fous et ces guides.