La tentation du monde

(i.e. : ça va bien aller)

« Ma vie est confortable. — J’ai l’eau courante, l’internet à volonté, ni chaud ni froid, ni faim ni soif, et — surtout — ma belle petite pilule bleue contre l’angoisse d’être !  La police arrête les voleurs, la télé m’informe des actualités, le gouvernement fait la loi et la morale est du bon côté. Les avions volent dans le ciel, les trains sur leurs rails, ↣ et le progrès file comme une flèche lancée par en avant. J’ai foi en cette flèche et y ajoute la mienne, en faisceau. — Nous vaincrons ! — Nous sommes un grand peuple aux commandes du vaisseau spatial Terre. Je peux dormir tranquille. — Ça va bien aller. »

Cette tentation, vous la connaissez bien.

Caricature : André-Philippe Côté

Après son deuxième échec, le diable transporte encore Jésus sur une fort haute montagne. Il lui montre, « en un instant » (Luc 4 : 5), tous les royaumes de ce monde et leur gloire. Puis il lui dit : « Je te donnerai toutes ces choses, si, te prosternant, tu me rends hommage » (Matt. 4 : 9).

— Mais non, voyons !  Où vas-tu chercher ça ?  Satan, maintenant ! ^^ Ne crois-tu donc pas à la techno-big-science incorporée ?  Tiens-tu donc à attraper la maladie du nez¹ ?  Ça va bien aller, c’est le techno-président lui-même qui l’a dit !

  1. *

Je remets en question le progrès lui-même,
sa nature, sa culture.
Cette question : le progrès,
qui devrait donner un sens à notre existence,
ne s’est-il pas substitué à elle ?

Le progrès n’est-il pas devenu notre existence elle-même ?

La locomotive roule-t-elle pour rouler
et pour la seule griserie qu’apporte la vitesse ?

Pierre Foglia

*

Définition de « progressisme », selon Toupie.org.

Étymologie : du latin progressus, action d’avancer.

Le progressisme est un courant de pensée qui considère qu’une transformation profonde des structures sociales et politiques doit être accomplie pour une plus grande justice sociale et pour l’amélioration des conditions de vie. Il s’oppose au conservatisme.

Les progressistes croient au progrès moral de l’humanité et aux bénéfices que le développement des sciences et des techniques peut apporter au plus grand nombre.

Le terme « progressisme » a été créé vers 1930, avec l’idée selon laquelle l’organisation sociale et politique actuelle résulte d’un processus historique continu d’amélioration qui peut être poursuivi, voire accéléré par des réformes souvent radicales.

Porté par la philosophie du siècle des Lumières et par l’essor de la science au XIXe siècle, le progressisme part du postulat que le sens de l’histoire est le progrès. Cependant, les deux guerres mondiales du XXe siècle, les camps de concentration, la bombe atomique, les génocides, la persistance de la pauvreté, les pollutions . . . ont nourri les critiques de la notion de progrès et de la domination de l’humain sur la nature. Le progrès n’apparaît plus comme devant être limité au seul progrès technique ni comme étant le résultat automatique de l’histoire.

*

Je croyais auparavant que le progressisme se limitait à l’aspect social (en premier lieu, la défense des droits de la personne), je m’en suis même réclamé ; mais un fort relent de technototalitarisme me fait faire une petite recherche sur l’idéologie en question qui m’apprend que celle-ci cautionne par la bande l’arsenal technique de plus en plus envahissant du soi-disant progrès — ce qui, subitement, me rend tout le concept fort suspect.

À bien y regarder, il y a et aura toujours à redire et à parfaire en ce monde — comme en bien d’autres, sûrement. Donc une idéologie du progrès . . . par le progrès et . . . pour le progrès deviendra en ces mondes hégémonique en elle-même, du simple fait qu’elle se prolongera par nature à l’infini dans toutes les sphères de la vie, toujours plus totalisante.

Nous n’avons pas à soi-disant « progresser » sur le chemin sans fin d’une idéologie qui construit ses propres rails, mais bien à vivre, processus de diversité en évolution s’il en est un !  Les mentalités évoluent, oui, les idées se fraient un chemin et des outils s’inventent ; accompagnons ces processus — mais veillons avant tout à ce qu’ils ne deviennent pas voies ferrées barricadées, puis enclaves, puis esclavage !  Un progrès ne peut être que spécifique à une situation particulière ; il ne peut valoir pour toute situation, pour la bonne raison qu’il serait alors arrêt et non progrès.

Il m’apparaît cependant évident que certains indices ont suffisamment de pertinence pour nous aider à mesurer de véritables progrès (et reculs) en ce qui a trait à notre aventure première — c’est-à-dire vivre. Si le PIB actuel (produit intérieur brut) est manifestement un indicateur perverti, il existe d’autres collectes de données possibles qui, bien conçues, peuvent, par simple principe de rétroaction (feedback), nous aider à mieux vivre, individuellement et collectivement.

La différence, c’est que ce genre de progrès entendra la mesure de façon mesurée, c’est-à-dire scientifiquement et humainement à la fois ; alors que le progrès progresso-progressiste (il faut être pour le progrès, voyons !) entend — de plus en plus, malheureusement — la mesure de façon technocrate ; c’est-à-dire moins humaine et plus autoritaire, plus totalisante, plus robotisante.

Une « science » vouée à un tel progrès, tracé impérativement par des techniques de plus en plus exclusives à des élites et classes exclusives, ce n’est pas de la science, c’est, au mieux, une machine infernale alambiquée digne d’une dystopie de série B.

La mesure mesurée n’est pas un progrès en soi, la construction sans fin d’une utopie dont le moteur emballé nous échappe, mais une attention constante et circonstanciée portée aux petits indices de la vie — c’est-à-dire une véritable science, une science humaine, qui nous éclaire, nous écoute et nous aide — ; et certainement pas un programme qui nous enfume, nous étiquette, nous salit, nous abêtit, nous exclue, nous divise, nous médicamente, nous contrôle, nous viole et nous encarcane !

*

Ne vous laissez pas attraper par l’illusion ; ceci n’est pas du prosélytisme religieux, ce n’est pas du prêchi-prêcha, c’est bêtement le technototalitarisme qui nous guette et l’humanité qui est en jeu. Des génies comme Mœbius nous ont prévenus de cette tendance lourde à profiter de crises (ou à en provoquer) pour ensuite imposer des solutions qui nous asservissent, ou du moins nous rendent plus faciles à contrôler.

*

La tentation du monde est si forte, parfois qu’on ne la voit plus. « Tout cela est bel et bon, l’humanité est en marche vers le progrès, la capitalo-techno-science s’occupe de plus en plus de nous ; j’ai mes divertissements, mes voyages, mes restos. Quiconque s’oppose à cette marche grandiose du monde est un disjoncté, un complotiste dont la pensée doit être vite neutralisée. — Vive la science (sic) en marche ! »

*

À poursuivre ainsi la tentation d’un monde en marche dans un progrès inexorable, donc d’un universel imposant et imposé, on aura au final négligé, voire piétiné le particulier, la personne. À gober individuellement l’hameçon du progrès avec le lunch gratuit, on aura cédé de sa liberté, de son humanité. À placer un soi-disant progrès au-dessus de l’intégrité physique de la personne et de son droit à l’autodétermination, on l’aura abandonnée dans la foulée. Solidaires avec qui, déjà ?

On se prosterne aujourd’hui devant la machine inexorable pour atteindre ou perpétuer ce monde si tentant, si rassurant, si prometteur, où les autorités ont la réponse technologique adéquate grâce au glorieux progrès. — Veuillez relever votre manche, s’il vous plaît.

*

Un véritable monde est chose digne à désirer, pourtant.

Un monde fondé sur nos désirs profonds, médités, sélectifs, harmonisés, oui, cela a du sens. Mais un monde à gober tout rond, tout encapsulé dans une belle pilule bleue pour revenir à la nouvelle normale (il y a sans cesse de nouvelles variantes de normales, on n’arrête pas le progrès), c’est un procédé à gogo — soit dit entre nous pour rester polis.

Je crois à une société solidaire faite d’individus autodéterminés. Le progressisme aujourd’hui, au prétexte du bien commun, efface trop souvent cette autodétermination sous des devoirs citoyens de plus en plus martelés, enjoints, voire forcés — et, de société réellement vivante, on chute à quelque informe « collectif » théorique en animation artificielle sur lequel se penchent les experts.

Que l’on mesure le progrès en fonction de l’humanité et non l’inverse serait un bon début d’amélioration de cet état pitoyable.

*

Où va donc le monde ? — Chaque personne a en elle une version du monde et chaque personne fait son chemin. 

— Où s’en vont donc ces mondes ?

Demandez-vous donc à quoi rêve chaque personne, demandez à votre cœur et aux gens autour de vous, et vous en aurez une idée pro-active, un petit monde digne de ce nom qui se tisse autour de vous — et de bonnes raisons de vivre en bonus !

Bonnes vies !  Bons chemins !

Frédo

Et si l’informatique libre . . .

 

Plateau Mont-Royal

Auteur à la recherche de conversations en présentiel (à portée de bixi — Montréal, Québec) autour d’un roman de science-fiction en devenir, afin d’y poursuivre la cogitation sur ce qu’il appelle l’ère communicationnelle.

Dans un monde cloisonné par le secret industriel,
l’informatique libre fait une apparition spectaculaire.

*

Trêve de cabotinage, je s’approprie ici le pronom !

J’aime bien, par beau temps, aller écrire et converser dans les parcs — à l’intérieur sinon. Si vous souhaitez que nous prenions rendez-vous, veuillez m’écrire à Fred.Lemire@LaTramice.net.

Consultez LaTramice.net, journal de l’ère communicationnelle, pour connaître mon filon — entre autres, mon recueil, La machine à souhaits, journal de bord d’un poète-ingénieur.

— Au plaisir !  Bonnes lectures !

Fred Lemire, alias Fred Mir, alias Frédo

Plateforme pour une ère communicationnelle

Image : Moebius

 

En avez-vous assez de cette foire d’empoigne qui, sur les médias sociaux et sur la Toile en général, enfle aujourd’hui comme tsunami, où chaque donnée est douteuse et à vérifier et à contre-vérifier, où certaines données ne sont même pas regardées par certains, sous le prétexte qu’elles seraient anecdotiques, hâtivement rejetées par ceux des fact-tchèqueurs qui sont relayés — très sélectivement — par les médias de masse, ou alors tout bêtement parce qu’elles viendraient de sources affiliées au « mauvais » bout du spectre politique et pour cela automatiquement discréditées ?  Une foire où les données brandies et répétées comme catéchisme par les médias de masse proviennent de sources pour le moins douteuses et non moins centralisées ?  Où une élite s’enrichit en temps de crise pendant que le reste y goûte — et que les plus atteints par la propagande galopante en redemandent ?

De la science, on en veut. Mais une centralisation s’est installée aujourd’hui qui nuit à la science, une centralisation de pouvoir et non de savoir. Quand on refuse de débattre, quand on ment, quand le ver est dans la pomme, quand la rétroaction nécessaire au savoir est refoulée par le vent du pouvoir qui seul anime la roue, quand nous ne sommes plus maîtres des outils qui devaient pourtant fidèlement nous servir, quand le centre du pouvoir s’immisce dans chaque sphère de nos vies et réduit à bétail l’humain et à errement son potentiel — ce n’est plus de la science.

*

Bon, nos médias nous servent mal, mais pouvons-nous nous passer d’organes de communication ?  Notre science elle-même est sourde et se totalitarise, mais pouvons-nous nous passer de science ?

Non, bien sûr que non.

D’abord, la réalité ne se résume pas à des « faits » — toujours, avez-vous remarqué ?, établis par des autorités, qui peuvent, par cette prérogative, aisément les manipuler. Non, la réalité est constituée d’une myriade de points de vue — et nous devrions pouvoir les « entendre » tous afin de ne pas obtenir, dès le départ, une vision biaisée de la réalité.

Sauf qu’il y a aujourd’hui un format réducteur de réalité qui s’est installé qui n’est guère favorable aux échanges et au débat. On cancèle allègrement, on dénigre gratuitement, on n’a d’arguments que d’autorité ou pour refuser le débat — et on se conforme à l’avenant !  Nos médias sociaux actuels sont mieux que rien, certains débats y ont tout de même lieu et nous nous y comportons comme les neurones d’un vaste cerveau planétaire dans les limites qui nous sont imparties au sein du spectaculaire flot d’information. Mais il nous faut mieux.

Ce qu’il nous faut, c’est un média social fiable, horizontal, qui conserve les données, permette de les mettre en relation intelligente et permette aussi les annotations, qui facilite les débats, qui puisse exister en-dehors du substrat informatique et indépendamment de lui et, surtout, qui ne nous efface pas quand on ne marche pas dans le sens des flèches ; un outil universel de communication, une plateforme inclusive et impartiale — un réseau de telles plateformes et outils ; un réseau universel où ne soit pas d’office balayés du revers de la main la demande de se faire entendre, de débattre, de questionner — ou, par exemple fort actuel, tout rapport citoyen que l’on pourrait vouloir faire homologuer à propos de notre état de santé suivant la prise d’un produit encore expérimental.

Qu’est-ce qui nous nuit, présentement ?  Est-ce la science ?  Est-ce la communication ???  Non, mais les mauvais usages qui en sont faits par des pouvoirs élitistes et autoritaires. Une communication à sens unique est une bouffonnerie, en regard du potentiel réel de la communication. Et une science sans réelle communication n’est pas une science — mais une secte.

*

L’universalité a été si souvent si mal utilisée, qu’elle est peu à peu devenue, pour beaucoup — et avec raison, hélas ! —, synonyme de contrôle élitiste et de bureaucratie — utilisation totalitaire qui réunit au bas d’un nouvel axe les prétendus « extrêmes » de l’axe gauche-droite. Que reste-t-il, qu’est-ce qui surnage lorsqu’on a identifié et remis à sa place ce qui, indigne affront à notre potentiel, nous rendait moins humain ?  L’humain, bien entendu. L’humain est là où co-existent l’individuel, le collectif et l’universel.

Un réel universel ne peut être unilatéral puisque, ainsi constitué, un simple dialogue le dépasserait en universalité.

La communication doit être ouverte, multilatérale, et la seule chose qui doit y être universelle en est l’accès. Nous avons besoin d’un outil commun, d’un moyen pour bien nous communiquer, d’un protocole de base pour se communiquer offres, besoins, intérêts, disponibilités, itinéraires, rendez-vous, capacité de transporter, circuits, idées, définitions, questions et réponses — bref, d’une plateforme communicationnelle digne de ce nom.

Nous avons besoin de communication, pas de contrôle. Pas unilatéral, en tout cas. — Car les témoignages qui se retrouveront sur cette plateforme devront bien sûr être corroborés. Et nous devrons nous assurer que cela ne soit pas la prérogative d’une entité exclusive. Toute personne apte à le faire devra pouvoir corroborer.

En commun, nous devons avoir un système qui mette à profit l’intelligence collective et qui soit apte à faire émerger de nos rapports, connaissances, expériences, points de vue et déductions — de réelles clartés.

Cela, bien sûr, n’ira pas sans débats, querelles, enquêtes, procès, témoignages croisés. Mais ce sera mille fois mieux que les omissions et propagandes d’antan.

*

On a appris, dans une logique divisive, à prendre parti plus vite que son ombre, à tenir pour faux tout ce que dit « l’ennemi », à se précipiter sur des conclusions, des atteintes à la réputations, des accusations, des conflits, des coercitions — et sur la guerre, évidemment : où ailleurs pourrait mener la notion d’ennemi ?

On devra maintenant, dans une logique inclusive, apprendre à mettre en relation, à argumenter, à débattre, à réfléchir le complexe et laisser émerger le sens. Il y aura de tout et de son contraire, des critiques et des contre-critiques, mais, bien conçue, cette plateforme communicationnelle réticulaire pourrait nous présenter une réelle image globale détaillée et réellement nous aider à trouver et tracer en ce monde . . . nos multiples chemins.

*

Il est vrai que le combat est aujourd’hui engagé entre le potentiel humain, l’humanité, et la concentration de pouvoirs colossaux en passe de les subsumer à quelque totalitarisme, technocratique ou autre. L’enjeu de ce combat est une technique qui ne doit en aucun cas nous échapper, que ce soit de façon autonome (intelligence artificielle) ou en tombant dans les mains d’une élite totalitaire ; j’ai nommé : la technique langagière, la technique inhérente au fait de communiquer. On peut bien refuser la technocratie, tout plaquer et aller rejoindre des écovillages rustiques, mais le problème restera entier si on ne trouve pas moyen de communiquer intelligemment entre nous.

Les technologies communicationnelles ont leurs défauts, mais sont là pour rester. Nous devons nous assurer qu’elles restent entre nos mains pour nous servir — et non l’inverse —, être nos outils, nos recettes, nos pratiques, etc.

Bon, elles sont en passe de nous échapper et cette ère technocratique nous échappe déjà de maintes façons, mais tous les ingrédients sont également disponibles pour que nous puissions encore établir une fondation réellement humaine à notre monde — et de ne pas œuvrer en vain !

Nous avons besoin d’infrastructures communicationnelles dignes de ce nom.

Et des écovillages, bien sûr. Tout cela en même temps !

*

Cette plateforme inclusive et impartiale devra être plus que citoyenne — adjectif qui, avouons-le, perd fort de son lustre en régime totalitaire —, elle devra être cosmopolite. C’est-à-dire que chaque être communicant, ultimement, devra pouvoir y avoir chapitre.

C’est un grand chantier à lancer. Moi je m’y suis cassé la figure. C’est trop d’administration, trop de gestion pour ma constitution de poète : je continue la réflexion dans un roman.

Ce chantier, il faudra trouver ou fonder une organisation pour le mener à bien. Il est probablement déjà lancé en de multiples entreprises à travers le monde, tellement le besoin en est criant. Je vais pour ma part écrire quelques lettres à cet effet, histoire de porter le message, à défaut d’avoir su accomplir son contenu.

Puisse La Tramice, vaillant vaisseau, mener à bon port ce message !

Qui donc saura financer, concevoir, implémenter, établir la légitimité d’un tel outil ?  Qui saura fédérer les multiples incarnations d’une telle idée ?  Quelle(s) équipe(s) ?

Pas moi, j’en ai peur, mais je veux bien jouer le rôle d’antenne-relais pour mettre en connexion les gens qui veulent s’y mettre, jeter un œil à leurs travaux, et éventuellement faire en ces pages un suivi de mes observations.

Mais surtout, je souhaite maintenant me concentrer sur le roman. Le ferment est activé — ça pétille, là-dedans !

Arriba !

Communicationnellement vôtre,

Fred Lemire
Fred.Lemire@LaTramice.net
Tramarade éditeur pour La Tramice

 

Si tu veux construire un bateau,
ne rassemble pas tes hommes et femmes
pour leur donner des ordres,
pour expliquer chaque détail,
pour leur dire où trouver chaque chose.

Si tu veux construire un bateau, fais naître
dans le cœur de tes hommes et femmes
le désir de la mer.

Antoine de Saint-Exupéry

 

Cela est humain

Dessin : @DrawnTechnology

Et si le clivage gauche-droite était un leurre ?

Les médias de masse aujourd’hui tiennent un discours trop homogène et trop semblable à celui que tiennent des autorités trop souvent inquestionnées, ce qui ne laisse que peu de place au débat ou aux témoignages citoyens, par ailleurs aisément cancèlés par un establishment qui, en contrôlant ces médias — sociaux et autres —, contrôle le narratif général. Conditionnés par ces médias en apparence divers, on rejettera alors une source ou une autre du revers de la main en prétextant qu’elle est « communiste » ou alors liée à « l’extrême droite ». Tous les amalgames sont permis.

Par exemple, pour un état totalitaire présentant des idéaux traditionnellement « de gauche »  — contradiction inévitable car le pendule de la liberté se balance bien des lignes droites tracées dans l’imaginaire —, pour un tel état, secret ou visible mais docilement relayé par les grands médias, ce sera facile de cracher sur toute objection, « évidemment de droite » (puisque aucune objection n’est permise à l’intérieur du totalitarisme, qu’il soit de droite ou de gauche) : et donc automatiquement fausse. Et vice-versa.

Hannah Arendt a popularisé le terme de totalitarisme. Dans The Origins of Totalitarianism (1951), elle en parlait en ces termes : « [L]e mot totalitarianism exprime l’idée que la dictature ne s’exerce pas seulement dans la sphère politique, mais dans toutes, y compris les sphères privée et intime, quadrillant toute la société et tout le territoire, en imposant à tous les citoyens l’adhésion à une idéologie obligatoire, hors de laquelle ils sont considérés comme ennemis de la communauté. »

Elle dit aussi : « La différence entre la répression totalitaire et le genre de limites fixées par les tyrans militaires était que ces derniers ne se préoccupaient que des critiques de leur régime, tandis que les dirigeants totalitaires, comme les nazis et les communistes, cherchaient à mettre en place un mode de pensée qui pénétrait tous les domaines, notamment la philosophie, la littérature et l’éducation. »

La Wikipédia ajoute : « Selon Hannah Arendt, la différence entre une dictature et un régime totalitaire ne se situe pas dans l’ampleur de l’arbitraire, de la répression et des crimes, mais dans le degré de contrôle du pouvoir sur la société : une dictature devient « totalitaire » lorsqu’elle investit la totalité des sphères sociales, s’immisçant jusqu’au cœur des sphères privées et intimes (familles, mentalités, psyché individuelle). »

Le totalitarisme est donc d’autant plus totalitaire qu’il empiète sur les domaines proprement humains, qu’il menace au premier chef l’intégrité de soi, la totalité de nos rêves et potentiels.

Il ne faut pas alors s’étonner du sentiment populaire d’être exclu de l’exercice d’un tel pouvoir totalitaire — même quand il a été élu démocratiquement —, ni du besoin de se tourner vers des témoignages citoyens, ni de tirer la sonnette pour alerter la masse qui se laisse guider par cette élite totalitaire aux oripeaux d’universalisme — ni, évidemment, de douter — de tout —, encore et toujours. Tout cela sera évidemment cavalièrement dénigré comme « populisme de droite » par un establishment totalitariste aux valeurs de gauche. Et vice-versa, comme « populisme de gauche » par un establishment totalitariste aux valeurs de droite.

Il faut l’admettre, un tel extrême, affublé sans vergogne du nom de « communisme » ou de « fascisme » dépendamment d’où l’on se trouve — alors que supposément l’un est à l’autre bout du spectre par rapport à l’autre —, partagent tous les deux la propriété d’être totalitaire. La représentation de la Wikipédia du clivage gauche-droite (ci-dessous) ne suggère un tel rapprochement qu’imparfaitement, par la courbure d’un cercle incomplet.

Aujourd’hui, on entend souvent le mot « communisme » pour désigner le pire de ce qui s’est réclamé de ce nom — à vrai dire des façons totalitaires contraires à l’idée initiale du communisme, à savoir une société autogérée sans état. Pour corriger la méprise, il faudrait alors parler de plusieurs sortes de communisme. Ajoutons donc le communisme totalitaire, soit, même s’il n’a de proprement communiste que le nom, mais plaçons en parallèle, dans l’autre hémisphère du spectre, pour rendre justice à l’idéal communiste, le communisme libertaire.

Logiquement, ce dernier devrait se trouver au-dessus d’une ligne le séparant de son parent viré méchant. Du coup, on voudrait bien voir le fascisme lui aussi passer sous cette ligne. Et pourquoi pas ?  Cela suggère un axe complètement différent.

Humain : car tout cela, en-haut de la ligne, est humain et peut certainement être harmonisé — SI toutefois on ne tombe pas dans le piège d’une fausse dichotomie qui fasse prendre parti d’un trait humain contre un autre, quitte à le discréditer hâtivement, honteusement — d’une étiquette infamante !  Car, que sont véritablement la gauche et la droite, sinon un échevau inextricable de passions humaines allant des individuelles aux collectives, alors que la coïncidence des deux univers est cela même qui nous constitue comme humain et en humanité ?

Non, cette gauche et cette droite, c’était une grosse diversion. Car tous les traits suivants sont humains : la volonté de conserver des traditions (un consensus sur un ensemble de traditions qui ont fait leurs preuves est une bonne base pour pouvoir expérimenter sans tout risquer) ; la liberté d’entreprendre dans un cadre juste établissant nos droits (entendre : les limites de ces droits : écologiques, économiques et morales) ; la recherche de l’harmonie sociale ; enfin, une autonomie personnelle maximale et responsable dans une dynamique commune qui ait pour priorité que toutes et tous aient selon leurs besoins. On peut certainement très bien vivre en s’inspirant du meilleur du communisme libertaire, du socialisme, du libéralisme et du conservatisme, car tout cela est humain.

Un tel axe vertical, qui conserve l’intégrité de la personne, est bien plus orientant qu’un axe qui nous déchire inutilement — jusque dans nos entrailles ! (Ex. : la question de l’avortement.)

Ou bien peut-être n’est-ce même plus un axe politique mais un repositionnement émancipateur de l’humanité ?

En fait, la question à se poser est : Pouvons-nous nous délivrer des querelles où nous ne voyons que du mauvais à l’autre bout d’un spectre imaginaire où nous campons ?

Oui, demandons-nous si on voit bien à l’individuel et au collectif, ces notions sont orientantes, primordiales en regard de ce qui nous constitue ; mais n’en faisons pas un facteur de division : les deux vont ensemble — ou pas du tout. Un collectif réel est fait d’individus réels, c’est-à-dire libres de leurs choix et actions. Et, de même que chaque individu est ainsi responsable de la réalité collective, il doit considérer l’impact de ses actions sur les autres — et pouvoir bénéficier de la richesse collective pour continuer l’aventure humaine.

On nous a leurrés — ou nous nous sommes nous-mêmes leurrés ? — à croire à cette dichotomie gauche-droite étrange qui divise tout le monde à tous les niveaux.

Si on ne rejette rien de l’humain, on n’est pas tous pareils, on vit différemment, selon ses goûts, il y a une grande diversité. Mais on s’entend universellement sur une chose : la dignité humaine et, par extension, celle de la vie en général. Tu peux vivre différemment — et même ailleurs, avec d’autres qui te ressemblent —, mais n’inflige de tort à quiconque et ne menace pas les écosystèmes essentiels à la vie.

C’est à l’aune de ce principe qu’on pourrait, sans regret, mettre le totalitarisme, le fascisme qui y tend et le technototalitarisme qui pointe . . . à la poubelle de ce que l’histoire aura jugé inhumain — en soi défavorable à l’humain et à la possibilité d’humanité.

*

Au-dessus, la maison, la nature, l’univers et ses relations, l’esprit agissant : éco, cosmo, perso. — En bas l’outil, les recettes, les idées mêmes : techno, praxis, philo.

Synthèse possible : il ne faudrait pas qu’un outil, une manière de faire ou encore une idée devienne ce qui détermine l’existence.

L’existence est première. Moralement première. Les idées, les outils, les pratiques doivent la servir et non l’inverse. Ce serait peut-être même une bonne définition de ce qui est véritablement humain.

En outre, individuellement, est véritablement humain qui ne délaisse pas les réalités humaines pour une idée fixée dans son crâne comme un programme dans la mémoire morte d’un robot.

notre parole sculpte le réel

notre parole sculpte le réel
et le tisse et le modèle
notre écoute le parcoure
ouvre des lieux, des chemins
des télépathies et des voyages
notre curiosité élargit le monde
notre intérêt l’ensemence et le fait fructifier
nous sommes le temps qui arrive à l’espace
le verbe fait chair, la chair esprit
des histoires qui s’écrivent
la vie, la vie, qui se lie
des maelstroms d’interprétation(s)
des mondes, des nations de notions —
des États Quantiques qui pianotent
des équipées fantastiques
des nœuds, des obstructions
se dénouent par le jeu
le recul, la réflexion
le temps, qui souffle
des messages de nous à nous
de vers à soi à vers à tous
*
tous nus dans le désert
nous serions riches
de toutes les galaxies
de la souple langue
— tapie, magique —
et du souple esprit
joli ciel où s’articulent
nos idées, fixes ou filantes
qui brillent, et brillent, et brillent

Lettre aux gens de la bidouille

(Appel au génie cybernétique)

Eh bien, sachez, d’abord — que j’en suis, de la bidouille, et que si l’informatique enchante, je sais très bien qu’elle peut aussi envoûter et enfermer . . . et terriblement mieux qu’une cage — où il est du moins loisible d’être autre chose que ce à quoi est prévue une case. ^^

Le rêve devenu cauchemar est une vieille rengaine, les rayons science-fiction en regorgent et la vie, hélas ne s’est pas prémunie de tous ces vaccins littéraires ou cinématographiques, et . . . nous nous enlignons pour une polydystopie bien carabinée !

Mais . . . faisons contre malfortune bon cœur, et voyons aujourd’hui nos outils.

Un bref coup d’œil suffit à se rendre compte qu’ils sont techniquement plus que suffisants pour remplacer, et avantageusement, à l’échelle de leurs utilisateurs (autrefois administrés), les grands systèmes qui traitent encore la population comme une masse — parfois bien malcommode à pousser dans une case !

Je dis, moi, que le moment d’un nouveau système est arrivé : un système qui nous inclut et qui accompagne la diversité plutôt que de la standardiser !

Nouvelle administration !

*

Je vous invite à rejoindre la petite équipe qui présentement s’active à la mise sur pied d’un système de communication émergent qui met au centre les besoins et les souhaits de chacun — j’ai nommé : la machine à souhaits. Celle-ci est constituée d’un essaim d’assistantes personnelles appelées tramices qui, à travers leurs consoles tramicielles, collecteront nos souhaits et nous aideront à les préciser.

Visage de la tramice n° 721

Nous désirons qu’elles aident leurs tramarades (ainsi appelle-t-on les utilisatrices et utilisateurs de ces tramices), dans leurs langues (bienvenue d’ailleurs aux contributions en toute langue), à trouver et formuler leurs souhaits (demandes, offres, intérêts) ; nous souhaitons qu’elles soient aussi un peu psychologues, et viennent déceler les désirs profonds enfouis en nous, les besoins parfois tus — ou niés par une vision par trop limitative du monde.

Nous croyons qu’un monde multicolore et fluide est non seulement souhaitable, mais qu’il est tout à fait possible de le mettre en place par une intelligente communication de nos souhaits.

Ces souhaits seront par nos tramices envoyés à la WOOM, la Wish-Oriented Oracular Memory, où ils seront appariés avec diligence, intelligence et discrétion, derrière une muraille inscrutable et bienveillante. Le principe de cet appariement est la cohérence même du langage. Car on compilera, à travers les réponses des tramarades, éventuellement toutes les façons de dire une même chose, et aussi quels souhaits sont complémentaires les uns pour les autres, ce qui donnera à la WOOM les moyens suffisants d’intelligemment apparier tout ça — et par la bande de faire apparaître un dictionnaire pictographique émergent des éléments de communication que nous utilisons tous les jours de mille-et-une façons.

L’algorithme d’appariement des souhaits est à l’état de prototype fonctionnel depuis 2013 et je viens de coder un moteur de conversation qui permet de jaser, comme avec Siri, OK Google ou Cortana (textuellement seulement pour l’instant). Et nous sommes présentement à donner un peu de conversation à notre assistante prototypale, la tramice n° 721.

Grâce à l’intelligence spatio-temporelle de la base de données centrale, la WOOM, les tramices aideront aussi les tramarades à planifier leurs rendez-vous (il est parfois ardu de trouver un moment et un lieu qui conviennent à tous, surtout quand on commence à se faire quelque peu nombreux), leurs transports, le transport de matériel, leurs projets, leurs équipes émergentes, etc.

*

La notion de se faire tramarade, de mettre l’accent sur les utilisateurs (regroupés ici par une guilde, La Guilde des Tramarades) est une approche qui implique une participation décentralisée, libre et émergente, passant par la communication enfin prise en mains par nous tous, les individus, et non quelque société incorporée sur notre dos. La co-gestion des ressources et des projets n’a pas à être chiante, si elle est astucieusement facilitée et coordonnée par nos serviables machines.

Nous sommes particulièrement à la recherche des talents suivants : administration de système (serveur web), infographie, animation par step-motion, montage vidéo, programmation, animation, recherche, traduction (toutes langues), impression, reliure, fabrication d’encre végétale et d’un tampon marqueur (pour les carnets de reconnaissance) ; connaissances en WordPress, TikiWiki, LiveCode, Ruby, SQL ; APIs et ontologies de toutes sortes : RDF, OWL, Semantic MediaWiki, etc. ;

Je vous invite à en apprendre plus sur le projet et la vision de la machine à souhaits en visitant les pages qui en parlent sur notre site.

Écrivez-moi un mot si vous désirez que je vous invite à notre groupe de réflexion privé, ou si vous souhaitez vous impliquer dans notre projet — ou simplement pour en savoir plus. — Les bonnes questions sont toujours les bienvenues !

Belle et bonne bidouille à nous !

Fred Lemire
Fred.Lemire@LaTramice.net

Mes démarches tramicielles

Dessin de Mœbius

Mes démarches tramicielles

Voici mes démarches tramicielles pour le bénéfice de la communauté tramante d’aujourd’hui et de demain.  

Quatorze mois d’incubation — à réfléchir, à ressasser, à « tramer »*. La phase de la genèse était déjà loin derrière, puisque cette démarche de longue haleine a commencé dans l’imaginaire de Frédo il y a de cela un bon 25 ans !  Le parcours de la Machine à souhaits a été et sera sans doute parsemé d’essais et d’erreurs ; mais nous, les développeurs de la Tramice n° 721, sommes déterminés à arriver à produire une version opérationnelle, et ce, quel que soit le temps que cela prendra — nous visons pour l’instant l’automne 2020.

* tramer, verbe dérivé du mot « tramice » (serveur de machine à souhaits local) : travailler à l’implantation de tels serveurs, y penser, y rêver ; faire le point sur le projet ; connecter des talents, des souhaits ; aider l’algorithme en lui fournissant autant de versions de ce souhait que possible ; créer des glyphes et des raccourcis nouveaux ; tout simplement passer du temps sur sa console tramicielle.

J’ai donc embarqué dans le vaisseau incubateur. Apte à contribuer au développement de cette grande idée, je me suis immergée dans l’épreuve. Gestion de projets, administration de fichiers, décorticage d’activités en micro-tâches, entrée de données, recherche et prise de notes. Tout ça, c’est mon dada. 

D’ores et déjà, je commence à documenter le tout, tranquillement et sereinement ; j’y trouve un calme empreint de lucidité, un calme qui me laisse la possibilité et le goût de rêver à un avenir virevoltant et écologiquement stimulant !

Nous entrons dans un moment de l’Histoire où il est particulièrement important de rassembler la communauté et de proposer un modèle viable de communication : une base où pourront s’accomplir des choses inédites !

La machine à souhaits

La Machine à souhaits est un projet où l’on peut constamment collaborer et échanger, pour ainsi réduire le cloisonnement et accroître nos incidences collectives. Basée d’abord sur l’individu, elle se veut un outil de communication convivial qui contribuera à l’émergence d’écosystèmes sociaux en les informant, ces individus, de leurs souhaits (ainsi que de leurs projets) qui se répondent. L’algorithme, fondé sur la cohérence du langage naturel et l’intelligence des souhaits, est décrit plus en détails à divers endroits, dont :

  • (Très en détails) dans le Journal de bord d’un poète-ingénieur, que j’affectionne beaucoup : en particulier à partir de la page 209.
  • En passant, dans un article qui décrit le cadre pratico-pratique du projet tel que nous avons décidé de l’implémenter.

À l’entrée, chacun des souhaits doit donc simplement être formulé de différentes façons (par exemple, en plusieurs langues, ou en utilisant diverses tournures de phrase et synonymes) et être suivi d’exemples de souhaits qui y répondent, eux aussi formulés de différentes façons. 

On fournit ainsi à l’algorithme suffisamment d’information pour qu’il puisse, de déduction en déduction, apprendre à décortiquer les souhaits en morceaux qu’il recombine afin de mieux en mieux pouvoir trouver les souhaits qui se répondent avec à-propos.

Cueillette des souhaits : les volios

C’est une façon émergente de formuler ses souhaits. Une expérience de web sémantique émergent, c’est-à-dire un réseau de communication intelligent pour les personnes et par les personnes. 

Un vaste catalogue d’éléments communicationnels pourra ainsi émerger de nos communications.

Les participants sont invités à y rédiger leurs listes de souhaits (ou volios). L’ensemble des volios constitueront les souhaits dont la machine a besoin pour l’arrimage.

Ça va prendre beaucoup de souhaits avant que l’on puisse constater le plein potentiel de la machine.  Il y a certes un travail minutieux à faire du côté de la plateforme et ses interfaces, mais c’est du côté des données que se trouve l’intelligence communicationnelle de la machine.

Émergence !

Au départ, j’imaginais une cueillette d’infos plutôt linéaire (par des formulaires), mais pour naviguer dans ce vaisseau tramiciel, un mode « émergent » caractérisé par des transformations progressives et pertinentes semblait davantage de mise. Pensez à un écosystème intergalactique où un nombre infini de chemins mènent partout. — Partout !

Émergent veut aussi dire la construction de la société de l’individu « vers le haut », vers des couches plus complexes de la société. De nouveaux éléments de communication et de nouvelles façons de dire les choses apparaissent constamment de partout à travers le monde et sont assimilées sans problème par la machine, basée sur l’émergence.

Moi et Fred pensons qu’un médium social centré sur l’individu est utile pour naviguer et tisser la société (en un mot : tramer) — et ce, sans avoir à être submergé par des informations parfois non pertinentes (ex. : le fil de presse Facebook).

Nous croyons que nous pouvons faire émerger une société plus authentique avec cet état d’esprit. Si nous communiquons intelligemment nos besoins, nos ressources et nos souhaits, nous sommes en mesure de reconstruire notre société.

Donc nous voilà, alors que nous tentons de repenser une manière plus efficace d’utiliser les médias numériques, en nous invitant, nous les individus, à développer 1) une pleine conscience du jardinage spacio-temporel qu’impliquent nos actions et 2) des pratiques communicationnelles fonctionnelles. On est en pleine expérimentation. Et on a bien envie de feedback et de débats d’idées pour roder notre machine.

Vers un monde meilleur

Diversifiés, connectés et en constante évolution, les systèmes sociaux découlent des milliards de ruisseaux de la conversation globale. Tant qu’on a l’esprit, on peut créer, imaginer, rêver. Tant que nous pouvons communiquer et nous comprendre . . . nous pouvons — et nous ferons, insistait le poète Novalis — bien plus que nous comprendre. C’est toute une expérience que celle de vivre : séparés les uns des autres, dépendants les uns des autres, affectés les uns par les autres, nous ne sommes de ce fait jamais seuls. Notre mission est de renforcer nos liens via de meilleures communications et de meilleurs échanges, c’est-à-dire liés à nos désirs profonds et sans perdre de vue les nécessités et limites écologiques de l’environnement et de la planète.

*

Bienvenue aux suggestions et aux propositions d’alliances communicationnelles !  Si vous voulez participer au projet, écrivez-moi à florence@latramice.net.

Tramer avec mes tramarades en toute tramaraderie. C’est ça, le tramming pleinement tramiciel !

Tramicieusement vôtre, 

Florence

L’écoute

Pierremarie, Profondeur

L’écoute


L’ouïe est un sens ;
l’écoute, un art subtil.

*

Savoir écouter est, en effet, un art d’une grande beauté qui demande de la pratique, mais aussi et surtout, de la bonne volonté.

Notre écoute est souvent sélective, superficielle, biaisée et parasitée par nos pensées, préjugés, croyances et connaissances. La plupart du temps, nous n’écoutons que d’une oreille distraite, sans arrêter nos activités ni cesser de penser à autre chose, entre autres à préparer notre répartie. Surtout quand les propos de notre interlocuteur nous touchent et que, tous sens en alerte, nous nous mettons sur la défensive. Nos conversations risquent alors de ressembler à de véritables dialogues de sourds où les échanges se font sous le mode action/réaction.

La personne qui écoute au travers d’un filtre
personnel crée ses propres conclusions qui,
souvent, n’ont pas grand-chose à voir
avec ce qui a été dit.

Pour écouter vraiment, il faut aménager de l’espace dans notre tête, mettre en veilleuse nos émotions et, pour un instant, accorder toute notre attention à l’autre, en tenant compte de qui il est, d’où il vient, et en nous efforçant d’entendre ce qu’il dit en nous plaçant de son point de vue.

Il existe une grande variété de types d’écoute : l’écoute que nous consacrons à des sommités, celle que nous réservons à nos proches (famille et amis), celles qui concernent notre milieu de travail, que ce soit entre collègues ou avec nos supérieurs ; celles que nous apportons à nos voisins, aux commerçants du coin ou à des étrangers et celle, professionnelle, que nous accordent un professionnel de la santé : médecin, intervenant social, psychiatre ou psychologue. Ces formes d’écoute diffèrent grandement, mais sont soumises aux mêmes règles : elles nécessitent un minimum d’attention, de l’ouverture, de la bonne volonté et une absence de jugement.

Écouter, c’est permettre à l’autre personne
d’exprimer tout ce qu’elle a à dire,
sans l’intimider, la mésestimer,
déformer ses paroles ou la juger.

Pour écouter, il faut d’abord nous rendre disponibles à l’autre et faire taire nos petites voix intérieures qui ne cherchent qu’à commenter, critiquer, juger et conseiller. Écouter l’autre personne, c’est l’entendre et la sentir de l’intérieur, au-delà de son apparence et des mots qu’elle emploie pour se dire. C’est la recevoir dans sa totalité, sans interpréter ce qu’elle dit, sans la juger et sans chercher à l’influencer de quelque manière que ce soit. Pour bien écouter, il faut savoir que chacun de nous est unique et que la vérité de notre interlocuteur.trice n’est pas la nôtre, ce qui nous permet de dépasser notre propre vision du monde pour nous ouvrir à la sienne. Ce n’est qu’à cette condition, dans un climat de confiance et de non-jugement, que la personne écoutée peut explorer en toute sécurité les dédales de son « moi » (qui est fort différent du nôtre), qu’elle peut mettre de l’ordre dans ses idées et, finalement, qu’elle peut trouver en elle les réponses à son questionnement ou la solution à ses malaises.

L’écoute permet à la personne qui se raconte
d’explorer cette partie sombre d’elle-même
qu’elle peut difficilement affronter seule.

Une bonne écoute ne peut être pratiquée que lorsque nous nous connaissons bien, que lorsque nous sommes en paix avec nous-même et que lorsque nous avons appris à accepter les gens tels qu’ils sont et la vie telle qu’elle se manifeste. Pour être en mesure de voir et de dépasser l’émotion en face de la souffrance ou de la colère de l’autre, afin qu’elle n’entache pas la communication, nous devons avoir appris à ne pas nous laisser submerger par notre propre souffrance et notre propre colère.

« Pour écouter, il me faut d’abord me taire,
faire taire ma réactivité qui est le principal
obstacle à l’écoute. Si ce que dit l’autre me touche,
en moi vont se bousculer des besoins
de m’exprimer, d’expliquer, de convaincre,
de porter un jugement, de dire mes sentiments,
mes idées. Plus l’autre est proche, plus seront vives
les émotions suscitées en moi par sa parole. »

Jacques Salomé     

Le pire obstacle à notre écoute, c’est souvent en effet notre émotion qui prend toute la place et qui nous incite à vouloir soit soulager rapidement la souffrance ou atténuer la colère de l’autre, par des conseils, du réconfort, soit à réagir à ses propos par de la colère, des remontrances ou des pleurs, soit encore à l’empêcher de poursuivre en détournant l’attention, en changeant de sujet, en quittant la pièce ou en le faisant taire, parce qu’il nous dérange trop. Toutes ces façons ne sont pas mauvaises en elles-mêmes, ce sont en fait des moyens de nous protéger contre ce qui nous semble trop difficile à entendre, mais il serait bien de pouvoir prendre conscience de notre façon de réagir afin de comprendre ce qui se cache sous cette attitude défensive.

Avons-nous une bonne écoute ?

Qu’est-ce qui nous empêche de bien écouter ?

La plupart d’entre nous ne savons pas toujours écouter. Lorsque nous tentons de le faire, nous avons souvent l’habitude de le faire avec notre tête — en commentant, évaluant, critiquant — ou avec nos émotions — en ressentant de la joie, de la peine, de la pitié ou de la colère, ce qui, inévitablement, fausse la communication et nous amène à réagir non pas à ce qui a été énoncé, mais à l’interprétation que nous en avons faite — en fonction de l’émotion que nous avons ressentie.

Combien de fois, lors de thérapie de couple, n’ai-je pas assisté à de véritables dialogues de sourds entre deux partenaires ! — l’un.e étant très émotif.ve et l’autre, typiquement rationnel.le.

Voici un exemple :

Lucie : La journée a été très difficile. La menace de coupure de personnel me stresse beaucoup. J’ai fait des erreurs impardonnables. J’ai vraiment peur de perdre mon poste !

Roland : Ne te tracasse pas avec ça !  Tu le sais, t’as toujours tendance à trop t’en faire. Oublie ça !

Roland a eu beau accompagner sa réplique d’une petite tape sur l’épaule de sa conpagne, il a manqué une chance inouïe de lui montrer à quel point il était sensible à sa situation.

Un simple reflet de l’inquiétude qu’elle venait d’exprimer du genre : « T’es inquiète » aurait pu soulager Lucie en lui permettant d’en dire plus long sur ses bévues, qu’elle dramatise peut-être, et sur sa crainte de congédiement. Le fait de se sentir écoutée aurait sûrement renforcé son sentiment d’être comprise par Roland.

La plupart des relations reposent principalement sur deux modes, le rationnel et l’émotionnel, et négligent l’être en lui-même. il n’est pas étonnant, alors — puisque le mode rationnel concerne le passé ou le futur, et que les émotions sont des manifestations dans le corps des pensées et interprétations de notre mode rationnel —, que nous connaissions autant de conflits interrelationnels.

Savoir faire face à nos propres démons
nous permet d’offrir une véritable écoute,
centrée sur l’autre et non pas sur nous-même.

*

Voici un autre exemple d’une écoute dominée par l’émotion :

Mathilde ne parvient pas à écouter son fils lui parler de ses états d’âme depuis que sa femme l’a quitté, emmenant avec elle ses deux enfants. Trop de colère contre sa belle-fille et trop de peine pour son Nicolas et pour elle-même de ne plus pouvoir voir ses petits-enfants lui brouillent le cœur. Plutôt que d’entendre la peine et le désarroi de son fils, elle essaie de le distraire et de le réconforter avec des activités et de la bonne nourriture.

Dans cet exemple, on voit une mère incapable d’écouter son fils parce qu’elle est, elle-même, trop impliquée dans le problème. Dans ce cas particulier, il est assez facile (surtout lorsque nous sommes parent nous-même) de comprendre la difficulté qu’éprouve cette mère, très affectée par la souffrance de son fils. Peut-être se sent-elle coupable de quelque chose, d’en avoir trop fait, ou pas assez, et elle se sent sûrement peinée de ne pouvoir aider son fils, voire peut-être même un peu frustrée.

C’est dans de telles situations, qui nous affectent mais sur lesquelles nous ne détenons aucun pouvoir, ou lors de catastrophes naturelles, qu’il est bon de nous rappeler que toute expérience, agréable ou non, est une leçon de vie qui peut contribuer à nous rendre plus compatissants et plus solidaires envers nos semblables et plus acceptants de la vie telle qu’elle se présente à nous — pour la bonne raison que nous n’y pouvons rien. Les problèmes que nous devons affronter et dont nous sommes témoins — de même que notre impuissance, parfois, à y changer quelque chose, ou même à y faire face — nous incite à nous interroger sur le sens de la vie. Pourquoi tant d’épreuves ?  Quelle est la finalité de cette vie sur terre ?  Quel rôle dois-je y jouer ?  Notre questionnement nous fait alors passer du point de vue existentiel au point de vue spirituel. Dépassés par les mystères de la vie, nous n’avons d’autre choix que celui de nous incliner devant elle et de faire avec elle pour poursuivre son dessein.

Les épreuves nous attendrissent,
nous humanisent. Elles traversent les barrières
de notre égo et nous rendent perméables
aux autres ; alors seulement pouvons-nous
les entendre.

*

Quand j’étudiais en psychologie on nous apprenait à écouter l’autre en nous mettant à sa disposition dans ce que l’on appelait une “neutralité bienveillante” et une “attention flottante”, c’est-à-dire en ayant une attitude d’ouverture tout en sachant prendre une distance par rapport à ce qui était dit et ressenti. J’ai réalisé dernièrement que ce qu’on nous enseignait correspondait à l’état dans lequel nous nous mettons lorsque nous méditons.

Dans la méditation, nous portons attention au champ énergétique de notre corps — ce qui crée en nous un espace de vide mental et affectif — et nous sommes alors capable d’écouter véritablement, sans que nos pensées ou nos émotions interfèrent. En effet, quand nous sommes dans cet état de calme et de neutralité bienveillante, c’est comme si nous écoutions l’autre personne avec tout notre corps. Nous l’entendons et la ressentons dans son être, au-delà des mots employés et des émotions vécues, et nous pouvons alors communiquer avec elle à un niveau beaucoup plus subtil.

Pour bien entendre une personne,
il faut adopter le mode réceptif et
nous mettre sur les mêmes fréquences,
non pas de son ego, mais de son être.

À mesure que notre capacité d’écoute s’élargit, le silence en nous se fait plus grand, plus riche, plus plein, et les barrières entre nous et l’autre tombent les unes après les autres.

Quand nous écoutons vraiment — pas seulement les mots, mais l’ensemble de notre interlocuteur —, nous touchons en direct, dans l’instant même et au plus profond de nous-même, la réalité de l’autre personne — qui n’a rien à voir avec sa position sociale ou les rôles qu’elle tient.

Pour être en mesure de fournir ce genre d’écoute, il nous faut absolument aménager un espace dans notre esprit, sinon, le message se heurte à une pensée, à un concept, à un préjugé ou à une préoccupation — et n’est pas entendu.

Un esprit plein, qui ne sait ni entendre
le chant d’un oiseau ni le bruissement
des feuilles au vent, ni le clapotis de l’eau
est un esprit mort qui ne sait pas entendre
la réalité de l’autre.

Quand nous laissons notre mental et nos émotions mener notre vie, nous ouvrons la porte aux conflits, aux antagonismes et aux problèmes. Quand, au contraire, nous entrons en contact avec notre corps énergétique, avec notre être, il se crée en nous un vide mental et émotionnel, nous rendant plus sensible et plus réceptif à tout ce qui nous entoure et plus aptes à entendre vraiment l’autre.